On ne peut pas comprendre l’enlèvement de Nicolas Maduro si l’on ignore les masses financières colossales associées à un changement de régime à Caracas.
Bonjour, j'aimerais bien avoir votre avis sur l'analyse suivante :
Etienne_Chouard
« La véritable raison de l'invasion du Venezuela par les États-Unis remonte à un accord conclu par Henry Kissinger avec l'Arabie saoudite en 1974.
Et je vais vous expliquer pourquoi il s'agit en réalité de la SURVIE du dollar américain lui-même.
Ni la drogue. Ni le terrorisme. Ni la « démocratie ».
Il s'agit du système du pétrodollar qui a permis aux États-Unis de rester la puissance économique dominante pendant 50 ans.
Et le Venezuela vient de menacer d'y mettre fin.
Voici ce qui s'est réellement passé :
Le Venezuela possède 303 milliards de barils de réserves de pétrole prouvées.
Le plus grand du monde.
Plus que l'Arabie saoudite.
20 % du pétrole mondial.
Mais voici ce qui compte :
Le Venezuela vendait activement ce pétrole en yuans chinois, et non en dollars.
En 2018, le Venezuela a annoncé son intention de « se libérer du dollar ».
Ils ont commencé à accepter les yuans, les euros, les roubles, tout sauf les dollars pour le pétrole.
Ils demandaient à rejoindre les BRICS.
Ils mettaient en place des canaux de paiement direct avec la Chine, contournant totalement le système SWIFT.
Et ils disposaient de suffisamment de pétrole pour financer la dédollarisation pendant des décennies.
Pourquoi est-ce important ?
Car tout le système financier américain repose sur une seule chose :
Le pétrodollar.
En 1974, Henry Kissinger a conclu un accord avec l'Arabie saoudite :
Tout le pétrole vendu dans le monde doit être tarifé en dollars américains.
En échange, l'Amérique assure sa protection militaire.
Cet accord unique a créé une demande artificielle de dollars à l'échelle mondiale.
Tous les pays du monde ont besoin de dollars pour acheter du pétrole.
Cela permet aux États-Unis d'imprimer de l'argent à volonté tandis que d'autres pays travaillent pour cela.
Il finance l'armée. L'État-providence. Les dépenses déficitaires.
Le pétrodollar est plus important pour l'hégémonie américaine que les porte-avions.
Et il existe un schéma récurrent quant à ce qui arrive aux dirigeants qui le contestent :
2000 : Saddam Hussein annonce que l'Irak vendra son pétrole en euros et non plus en dollars.
2003 : Invasion. Changement de régime. Le pétrole irakien est immédiatement reconverti en dollars. Saddam Hussein est lynché.
Les armes de destruction massive n'ont jamais été trouvées car elles n'ont jamais existé.
2009 : Kadhafi propose une monnaie africaine adossée à l'or, appelée « dinar or », pour le commerce du pétrole.
Les courriels divulgués d'Hillary Clinton elle-même confirment que c'était la raison PRINCIPALE de l'intervention.
Extrait d'un courriel : « Cet or était destiné à établir une monnaie panafricaine basée sur le dinar d'or libyen. »
2011 : L’OTAN bombarde la Libye. Kadhafi est sodomisé et assassiné. La Libye abrite désormais des marchés d’esclaves à ciel ouvert.
« Nous sommes venus, nous avons vu, il est mort ! » a lancé Clinton en riant devant la caméra.
Le dinar d'or mourut avec lui.
Et maintenant Maduro.
Avec CINQ FOIS plus de pétrole que Saddam et Kadhafi réunis.
Vente active en yuans.
Créer des systèmes de paiement hors du contrôle du dollar.
Demande d'adhésion aux BRICS.
En partenariat avec la Chine, la Russie et l'Iran.
Les trois pays à la pointe de la dédollarisation mondiale.
Ce n'est pas une coïncidence.
Contester le pétrodollar. Changer de régime.
À chaque. Fois.
Stephen Miller (conseiller à la sécurité intérieure des États-Unis) l'a littéralement dit à voix haute il y a deux semaines :
« L’industrie pétrolière vénézuélienne a été créée grâce à la sueur, à l’ingéniosité et au labeur des Américains. Son expropriation tyrannique constitue le plus grand vol de richesses et de biens américains jamais enregistré. »
Il ne le cache pas.
Ils prétendent que le pétrole vénézuélien appartient à l'Amérique parce que des entreprises américaines l'ont exploité il y a 100 ans.
Selon cette logique, toute ressource nationalisée dans l'histoire a été un « vol ».
Mais voici le problème PLUS PROFOND :
Le pétrodollar est déjà en train de mourir.
La Russie vend son pétrole en roubles et en yuans depuis l'Ukraine.
L'Arabie saoudite discute ouvertement des règlements en yuans.
L'Iran commerce avec des devises autres que le dollar depuis des années.
La Chine a créé CIPS, sa propre alternative à SWIFT, qui compte 4 800 banques dans 185 pays.
Les BRICS développent activement des systèmes de paiement qui contournent totalement le dollar.
Le projet mBridge permet aux banques centrales de régler instantanément les transactions en monnaies locales.
L'adhésion du Venezuela aux BRICS, avec ses 303 milliards de barils de pétrole, accélérerait ce processus de manière exponentielle.
Voilà le véritable enjeu de cette invasion.
On ne lutte pas contre le trafic de drogue. Le Venezuela représente moins de 1 % de la cocaïne consommée aux États-Unis.
Ce n'est pas du terrorisme. Il n'y a absolument aucune preuve que Maduro dirige une « organisation terroriste ».
Ce n'est pas la démocratie. Les États-Unis soutiennent l'Arabie saoudite, qui n'organise aucune élection.
Il s'agit de maintenir un accord vieux de 50 ans qui permet à l'Amérique d'imprimer de l'argent pendant que le monde travaille pour elle.
Et les conséquences sont terrifiantes :
La Russie, la Chine et l'Iran dénoncent déjà cela comme une « agression armée ».
La Chine est le plus gros client pétrolier du Venezuela. Ils perdent des milliards.
Les pays BRICS assistent à l'invasion d'un pays qui commerce en dehors du dollar.
Tous les pays qui envisagent la dédollarisation viennent de recevoir le message :
Défiez le dollar et nous vous bombarderons.
Mais voici le problème...
Ce message pourrait accélérer la dédollarisation, et non l'arrêter.
Car désormais, tous les pays du Sud savent ce qui arrive lorsqu'on menace l'hégémonie du dollar.
Et ils se rendent compte que la seule protection est d'aller PLUS VITE.
Le timing est dingue lui aussi :
3 janvier 2026. Le Venezuela est envahi. Maduro est capturé.
3 janvier 1990. Invasion du Panama. Capture de Noriega.
36 ans d'écart. Presque jour pour jour.
Même scénario. Même excuse de « trafic de drogue ».
La même raison, en réalité : le contrôle des ressources stratégiques et des routes commerciales.
L'histoire ne se répète pas. Mais elle rime.
Que se passe-t-il ensuite ?
La conférence de presse de Trump à Mar-a-Lago donne le ton.
Les compagnies pétrolières américaines sont déjà sur les rangs. Politico a rapporté qu'elles avaient été approchées au sujet d'un « retour au Venezuela ».
L'opposition sera mise en place. Le pétrole sera de nouveau coté en dollars.
Le Venezuela devient un autre Irak. Une autre Libye.
Mais voici ce que personne ne demande :
Que se passe-t-il lorsqu'on ne peut plus dominer le dollar par les bombardements ?
Quand la Chine aura-t-elle suffisamment de levier économique pour riposter ?
Quand les BRICS contrôlent 40 % du PIB mondial et disent « plus de dollars » ?
Quand le monde réalisera-t-il que le pétrodollar se maintient grâce à la violence ?
L'Amérique vient de dévoiler son jeu.
La question est de savoir si le reste du monde se laisse faire ou s'il bluffe.
Car cette invasion est un aveu que le dollar ne peut plus rivaliser par ses propres mérites.
Quand il faut bombarder des pays pour qu'ils continuent à utiliser sa monnaie, c'est que cette monnaie est déjà en train de mourir.
Le texte original ne vient pas d'Étienne Chouard mais de Ricardo @Ric_RTP
Ce dernier avait commenté sur son propre post : "If you’re a B2B company struggling to generate qualified leads beyond referrals: We’ve helped 30+ founders turn their expertise into $50M+ in pipeline. No paid ads. No cheap lead magnets. Just authority + precision".
On sait tous que le pétrole est la vraie raison de l'enlèvement de Maduro au Vénézuela. Mais remonter jusqu'à la source de l'exploitation pétrolière dans ce pays comme nous y invite Zucman est on ne peut plus éclairant.
Merci pour ce décryptage historico-économique. C'est un aspect important, mais probablement pas l'unique "raison" pour laquelle Trump a agressé le Venezuela et enlevé son président (et non "exfiltré" comme les radios le répètent sans distance par rapport aux éléments de langage fournis). L'impérialisme - même si l'expression peut sembler datée - se déploie avec autant de force que les Européens n'osent même pas condamner cette flagrante violation du droit international. Se courber devant Trump et son hubris ne peut que l'alimenter dans ses visées de domination du monde.
Quand j’étais plus jeune, j’ai lu un livre. Les veines ouvertes de l’Amérique Latine de Eduardo Galeano. Ça explique très bien l’idée que les USA se font de toute l'Amérique Latine.
Votre graphique du captage américain est si puissant pour démontrer que peut être l’histoire va se répéter… bravo.
Good job !
Espérons que le mid term de novembre calmera le jeu du trompeur.
Le monde a laissé grandir et grandir le capitalisme sauvage (Rockfeller le premier historique) pour créer des monstres cupides. Le pétrole est idéal pour eux ! La matière parfaite et « après nous le déluge ».
Est-ce que la Chine saura calmer le jeu (l’UE est endormie) ? Oh j’en doute. Restons attentifs. Réveillons l’UE !
Comme me l a écrit mon fils en 2026 on n a même plus besoin d armes de destruction massives pour avoir du pétrole... Le monde évolue vers le chaos... Que dirons nous quand il ira chercher les terres rares du Groenland?????
Le narratif dominant sur le « pétrole vénézuélien » est une erreur d’analyse. Les États-Unis sont autosuffisants et exportateurs. Le brut vénézuélien est extra-lourd, coûteux, les infrastructures sont dégradées, et tout retour économique serait long, capex-intensif et marginal. Aucun rationnel stratégique sérieux.
Les vrais leviers sont ailleurs :
Géopolitique de proximité Implantations russe et chinoise en Amérique du Sud = risque stratégique direct. Le Venezuela est un point d’appui hostile dans l’arrière-cour américaine. C’est intolérable opérationnellement.
Flux financiers et logistiques liés à l’axe iranien Le Venezuela sert de hub discret de contournement de sanctions. Couper ou contraindre ces flux affaiblit mécaniquement Hezbollah, Hamas et l’écosystème pro-iranien. Logique amont, pas idéologique.
Message systémique post-ONU Signal clair : l’ONU ne fait plus le job. Capacité d’intervention chirurgicale, rapide, sans escalade. Message adressé autant à Moscou qu’à Pékin (Taiwan inclus).
Deal tacite avec Maduro (hautement probable) Extraction « parfaite » : pas de chaos, pas de bavure, pas d’imprévu. Trop propre pour être improvisé. Realpolitik : survie du régime contre nettoyage ciblé et message géopolitique.
Conclusion Le pétrole est un écran de fumée. On parle de contrôle de flux, de projection de puissance et de signal stratégique global.
Trump défend en effet une idéologie pro-business et pro-énergies fossiles. Il partage les intérêts du secteur pétrolier, et il bénéficie de son soutien politique et financier.
Le Venezuela est vu comme une tête de pont russe et chinoise en Amérique latine, une menace pour l’influence américaine dans sa zone historique.
Merci pour cette éclairage. J'en profite pour vous remercier pour votre petit livre "Les milliardaires..." qui est si encourageant. Juste une critique : le point de vue oscille entre économie et justice, je ne crois pas que ce soit l'essentiel. L'excès de richesse remet en cause la démocratie elle-même vous n'en parlez que très peu (page 25) alors que c'est, je crois, la vraie motivation pour agir. Il ne s'agit pas d'un avenir plus ou moins lointain, nous y sommes, D. Trump nous le rappelle chaque semaine...
Merci encore pour votre combat que, j'espère, vous pourrez mener au niveau politique requis.
Les medias commentent avec sérieux l'accusation de trafic de drogue alors que des organismes neutres et sérieux (malheureusement j'ai oublié lesquels) affirment que le Venezuela ne pèse rien dans ce trafic.
Macron lèche les bottes de Trump pour ménager l'Ukraine alors que celui qui se prend pour un Imperator méprise les faibles. Comme le dit Villepin, ce n'est pas la bonne stratégie vis-à-vis de Trump. L'UE est sur la même ligne que Macron. Indigne ET inefficace.
L'empereur Trump veut faire régresser le monde à une situation antérieure au droit international. Il comprend parfaitement Poutine qui a la même mentalité. Ils pensent établir chacun un empire pour des siècles (le monde se partagerait en 3 empires avec la Chine). Je suis convaincu qu'ils échoueront mais qu'en attendant nous allons TOUS en souffrir.
En plus du pétrole, de la géopolitique à la Monroe, ne pas oublier l'opinion publique. La guerre est le meilleur moyen pour un président américain de remonter dans les sondages et d'éviter que l'on parle des sujets qui fâchent (et il y en a pas mal). Il y a des élections à venir.
Merci pour cet éclairage ! La question que je me pose après vous avoir lu est la suivante : Trump et les USA pensent donc bien brûler toute cette gigantesque réserve de pétrole ??? Ça veut dire que le courant océanique de chaleur qui nous concerne, le Gulf Stream, sera encore plus et durablement perturbé et qu'on aura donc, en France, encore plus froid que d’habitude ?!??? Pas de réchauffement pour nous... juste des températures glaciales !!! Je suis très frileuse et c’est ce qui m’inquiète le plus ! Quant au sort de la planète et des humains, peu m'importe ! M’en fous puisqu'ils laissent faire ce psychopathe
Merci de cette synthèse, juste je pense et oh combien effrayante.
J’aimerais vous suggérer une petite modification lexicale. Je m’étonne, mais sans doute cela est-il très signifiant sur le poids mental dans la culture des pays signataires du Plan Marshall. Les dictionnaires français ont tous intégré le qualificatif « états-unien » ou « étasuniens » (vous l’utilisez dans la page 8), mais on continue d’ultiliser « américain », consolidant l’imaginaireMAGA, le Donroe et la dénomination imposée par Trump de Golfe d’Amérique…
Ce matin, Christine Ockrent parlait carrément des USA en les qualifiant de « Pays-continent »…
On ne peut même pas dire Américains du Nord, car le Mexique et le Canada sont géographiquement situés dans la zone nord du continent américain.
Les hispanophones, sans doute fort échaudés par l’interventionisme étasunien, utilisent couramment le qualificatif estadounidense.
Cela pourrait lentement infuser dans les mentalités de nos concitoyens.
Bonjour, j'aimerais bien avoir votre avis sur l'analyse suivante :
Etienne_Chouard
« La véritable raison de l'invasion du Venezuela par les États-Unis remonte à un accord conclu par Henry Kissinger avec l'Arabie saoudite en 1974.
Et je vais vous expliquer pourquoi il s'agit en réalité de la SURVIE du dollar américain lui-même.
Ni la drogue. Ni le terrorisme. Ni la « démocratie ».
Il s'agit du système du pétrodollar qui a permis aux États-Unis de rester la puissance économique dominante pendant 50 ans.
Et le Venezuela vient de menacer d'y mettre fin.
Voici ce qui s'est réellement passé :
Le Venezuela possède 303 milliards de barils de réserves de pétrole prouvées.
Le plus grand du monde.
Plus que l'Arabie saoudite.
20 % du pétrole mondial.
Mais voici ce qui compte :
Le Venezuela vendait activement ce pétrole en yuans chinois, et non en dollars.
En 2018, le Venezuela a annoncé son intention de « se libérer du dollar ».
Ils ont commencé à accepter les yuans, les euros, les roubles, tout sauf les dollars pour le pétrole.
Ils demandaient à rejoindre les BRICS.
Ils mettaient en place des canaux de paiement direct avec la Chine, contournant totalement le système SWIFT.
Et ils disposaient de suffisamment de pétrole pour financer la dédollarisation pendant des décennies.
Pourquoi est-ce important ?
Car tout le système financier américain repose sur une seule chose :
Le pétrodollar.
En 1974, Henry Kissinger a conclu un accord avec l'Arabie saoudite :
Tout le pétrole vendu dans le monde doit être tarifé en dollars américains.
En échange, l'Amérique assure sa protection militaire.
Cet accord unique a créé une demande artificielle de dollars à l'échelle mondiale.
Tous les pays du monde ont besoin de dollars pour acheter du pétrole.
Cela permet aux États-Unis d'imprimer de l'argent à volonté tandis que d'autres pays travaillent pour cela.
Il finance l'armée. L'État-providence. Les dépenses déficitaires.
Le pétrodollar est plus important pour l'hégémonie américaine que les porte-avions.
Et il existe un schéma récurrent quant à ce qui arrive aux dirigeants qui le contestent :
2000 : Saddam Hussein annonce que l'Irak vendra son pétrole en euros et non plus en dollars.
2003 : Invasion. Changement de régime. Le pétrole irakien est immédiatement reconverti en dollars. Saddam Hussein est lynché.
Les armes de destruction massive n'ont jamais été trouvées car elles n'ont jamais existé.
2009 : Kadhafi propose une monnaie africaine adossée à l'or, appelée « dinar or », pour le commerce du pétrole.
Les courriels divulgués d'Hillary Clinton elle-même confirment que c'était la raison PRINCIPALE de l'intervention.
Extrait d'un courriel : « Cet or était destiné à établir une monnaie panafricaine basée sur le dinar d'or libyen. »
2011 : L’OTAN bombarde la Libye. Kadhafi est sodomisé et assassiné. La Libye abrite désormais des marchés d’esclaves à ciel ouvert.
« Nous sommes venus, nous avons vu, il est mort ! » a lancé Clinton en riant devant la caméra.
Le dinar d'or mourut avec lui.
Et maintenant Maduro.
Avec CINQ FOIS plus de pétrole que Saddam et Kadhafi réunis.
Vente active en yuans.
Créer des systèmes de paiement hors du contrôle du dollar.
Demande d'adhésion aux BRICS.
En partenariat avec la Chine, la Russie et l'Iran.
Les trois pays à la pointe de la dédollarisation mondiale.
Ce n'est pas une coïncidence.
Contester le pétrodollar. Changer de régime.
À chaque. Fois.
Stephen Miller (conseiller à la sécurité intérieure des États-Unis) l'a littéralement dit à voix haute il y a deux semaines :
« L’industrie pétrolière vénézuélienne a été créée grâce à la sueur, à l’ingéniosité et au labeur des Américains. Son expropriation tyrannique constitue le plus grand vol de richesses et de biens américains jamais enregistré. »
Il ne le cache pas.
Ils prétendent que le pétrole vénézuélien appartient à l'Amérique parce que des entreprises américaines l'ont exploité il y a 100 ans.
Selon cette logique, toute ressource nationalisée dans l'histoire a été un « vol ».
Mais voici le problème PLUS PROFOND :
Le pétrodollar est déjà en train de mourir.
La Russie vend son pétrole en roubles et en yuans depuis l'Ukraine.
L'Arabie saoudite discute ouvertement des règlements en yuans.
L'Iran commerce avec des devises autres que le dollar depuis des années.
La Chine a créé CIPS, sa propre alternative à SWIFT, qui compte 4 800 banques dans 185 pays.
Les BRICS développent activement des systèmes de paiement qui contournent totalement le dollar.
Le projet mBridge permet aux banques centrales de régler instantanément les transactions en monnaies locales.
L'adhésion du Venezuela aux BRICS, avec ses 303 milliards de barils de pétrole, accélérerait ce processus de manière exponentielle.
Voilà le véritable enjeu de cette invasion.
On ne lutte pas contre le trafic de drogue. Le Venezuela représente moins de 1 % de la cocaïne consommée aux États-Unis.
Ce n'est pas du terrorisme. Il n'y a absolument aucune preuve que Maduro dirige une « organisation terroriste ».
Ce n'est pas la démocratie. Les États-Unis soutiennent l'Arabie saoudite, qui n'organise aucune élection.
Il s'agit de maintenir un accord vieux de 50 ans qui permet à l'Amérique d'imprimer de l'argent pendant que le monde travaille pour elle.
Et les conséquences sont terrifiantes :
La Russie, la Chine et l'Iran dénoncent déjà cela comme une « agression armée ».
La Chine est le plus gros client pétrolier du Venezuela. Ils perdent des milliards.
Les pays BRICS assistent à l'invasion d'un pays qui commerce en dehors du dollar.
Tous les pays qui envisagent la dédollarisation viennent de recevoir le message :
Défiez le dollar et nous vous bombarderons.
Mais voici le problème...
Ce message pourrait accélérer la dédollarisation, et non l'arrêter.
Car désormais, tous les pays du Sud savent ce qui arrive lorsqu'on menace l'hégémonie du dollar.
Et ils se rendent compte que la seule protection est d'aller PLUS VITE.
Le timing est dingue lui aussi :
3 janvier 2026. Le Venezuela est envahi. Maduro est capturé.
3 janvier 1990. Invasion du Panama. Capture de Noriega.
36 ans d'écart. Presque jour pour jour.
Même scénario. Même excuse de « trafic de drogue ».
La même raison, en réalité : le contrôle des ressources stratégiques et des routes commerciales.
L'histoire ne se répète pas. Mais elle rime.
Que se passe-t-il ensuite ?
La conférence de presse de Trump à Mar-a-Lago donne le ton.
Les compagnies pétrolières américaines sont déjà sur les rangs. Politico a rapporté qu'elles avaient été approchées au sujet d'un « retour au Venezuela ».
L'opposition sera mise en place. Le pétrole sera de nouveau coté en dollars.
Le Venezuela devient un autre Irak. Une autre Libye.
Mais voici ce que personne ne demande :
Que se passe-t-il lorsqu'on ne peut plus dominer le dollar par les bombardements ?
Quand la Chine aura-t-elle suffisamment de levier économique pour riposter ?
Quand les BRICS contrôlent 40 % du PIB mondial et disent « plus de dollars » ?
Quand le monde réalisera-t-il que le pétrodollar se maintient grâce à la violence ?
L'Amérique vient de dévoiler son jeu.
La question est de savoir si le reste du monde se laisse faire ou s'il bluffe.
Car cette invasion est un aveu que le dollar ne peut plus rivaliser par ses propres mérites.
Quand il faut bombarder des pays pour qu'ils continuent à utiliser sa monnaie, c'est que cette monnaie est déjà en train de mourir.
Le Venezuela n'est pas le début.
C'est la fin désespérée.
Josiane Olff-Nathan, josiane.olff-nathan@orange.fr
Très belle analyse, chapeau
Le texte original ne vient pas d'Étienne Chouard mais de Ricardo @Ric_RTP
Ce dernier avait commenté sur son propre post : "If you’re a B2B company struggling to generate qualified leads beyond referrals: We’ve helped 30+ founders turn their expertise into $50M+ in pipeline. No paid ads. No cheap lead magnets. Just authority + precision".
Il semble que les vénézuéliens aient accueilli le maintien du pétrodollar dans la joie non ?
On sait tous que le pétrole est la vraie raison de l'enlèvement de Maduro au Vénézuela. Mais remonter jusqu'à la source de l'exploitation pétrolière dans ce pays comme nous y invite Zucman est on ne peut plus éclairant.
Merci pour ce décryptage historico-économique. C'est un aspect important, mais probablement pas l'unique "raison" pour laquelle Trump a agressé le Venezuela et enlevé son président (et non "exfiltré" comme les radios le répètent sans distance par rapport aux éléments de langage fournis). L'impérialisme - même si l'expression peut sembler datée - se déploie avec autant de force que les Européens n'osent même pas condamner cette flagrante violation du droit international. Se courber devant Trump et son hubris ne peut que l'alimenter dans ses visées de domination du monde.
Bien vu, bien expliqué.
Quand j’étais plus jeune, j’ai lu un livre. Les veines ouvertes de l’Amérique Latine de Eduardo Galeano. Ça explique très bien l’idée que les USA se font de toute l'Amérique Latine.
Votre graphique du captage américain est si puissant pour démontrer que peut être l’histoire va se répéter… bravo.
Good job !
Espérons que le mid term de novembre calmera le jeu du trompeur.
Le monde a laissé grandir et grandir le capitalisme sauvage (Rockfeller le premier historique) pour créer des monstres cupides. Le pétrole est idéal pour eux ! La matière parfaite et « après nous le déluge ».
Est-ce que la Chine saura calmer le jeu (l’UE est endormie) ? Oh j’en doute. Restons attentifs. Réveillons l’UE !
Comme me l a écrit mon fils en 2026 on n a même plus besoin d armes de destruction massives pour avoir du pétrole... Le monde évolue vers le chaos... Que dirons nous quand il ira chercher les terres rares du Groenland?????
Toujours très clair, c'est très enrichissant pour moi de vous lire.
Le narratif dominant sur le « pétrole vénézuélien » est une erreur d’analyse. Les États-Unis sont autosuffisants et exportateurs. Le brut vénézuélien est extra-lourd, coûteux, les infrastructures sont dégradées, et tout retour économique serait long, capex-intensif et marginal. Aucun rationnel stratégique sérieux.
Les vrais leviers sont ailleurs :
Géopolitique de proximité Implantations russe et chinoise en Amérique du Sud = risque stratégique direct. Le Venezuela est un point d’appui hostile dans l’arrière-cour américaine. C’est intolérable opérationnellement.
Flux financiers et logistiques liés à l’axe iranien Le Venezuela sert de hub discret de contournement de sanctions. Couper ou contraindre ces flux affaiblit mécaniquement Hezbollah, Hamas et l’écosystème pro-iranien. Logique amont, pas idéologique.
Message systémique post-ONU Signal clair : l’ONU ne fait plus le job. Capacité d’intervention chirurgicale, rapide, sans escalade. Message adressé autant à Moscou qu’à Pékin (Taiwan inclus).
Deal tacite avec Maduro (hautement probable) Extraction « parfaite » : pas de chaos, pas de bavure, pas d’imprévu. Trop propre pour être improvisé. Realpolitik : survie du régime contre nettoyage ciblé et message géopolitique.
Conclusion Le pétrole est un écran de fumée. On parle de contrôle de flux, de projection de puissance et de signal stratégique global.
Bien vu.
Trump défend en effet une idéologie pro-business et pro-énergies fossiles. Il partage les intérêts du secteur pétrolier, et il bénéficie de son soutien politique et financier.
Le Venezuela est vu comme une tête de pont russe et chinoise en Amérique latine, une menace pour l’influence américaine dans sa zone historique.
Bonjour
Merci pour cette éclairage. J'en profite pour vous remercier pour votre petit livre "Les milliardaires..." qui est si encourageant. Juste une critique : le point de vue oscille entre économie et justice, je ne crois pas que ce soit l'essentiel. L'excès de richesse remet en cause la démocratie elle-même vous n'en parlez que très peu (page 25) alors que c'est, je crois, la vraie motivation pour agir. Il ne s'agit pas d'un avenir plus ou moins lointain, nous y sommes, D. Trump nous le rappelle chaque semaine...
Merci encore pour votre combat que, j'espère, vous pourrez mener au niveau politique requis.
Bien cordialement
Les medias commentent avec sérieux l'accusation de trafic de drogue alors que des organismes neutres et sérieux (malheureusement j'ai oublié lesquels) affirment que le Venezuela ne pèse rien dans ce trafic.
Macron lèche les bottes de Trump pour ménager l'Ukraine alors que celui qui se prend pour un Imperator méprise les faibles. Comme le dit Villepin, ce n'est pas la bonne stratégie vis-à-vis de Trump. L'UE est sur la même ligne que Macron. Indigne ET inefficace.
L'empereur Trump veut faire régresser le monde à une situation antérieure au droit international. Il comprend parfaitement Poutine qui a la même mentalité. Ils pensent établir chacun un empire pour des siècles (le monde se partagerait en 3 empires avec la Chine). Je suis convaincu qu'ils échoueront mais qu'en attendant nous allons TOUS en souffrir.
En plus du pétrole, de la géopolitique à la Monroe, ne pas oublier l'opinion publique. La guerre est le meilleur moyen pour un président américain de remonter dans les sondages et d'éviter que l'on parle des sujets qui fâchent (et il y en a pas mal). Il y a des élections à venir.
Merci pour votre commentaire éclairant !
Merci pour cet éclairage ! La question que je me pose après vous avoir lu est la suivante : Trump et les USA pensent donc bien brûler toute cette gigantesque réserve de pétrole ??? Ça veut dire que le courant océanique de chaleur qui nous concerne, le Gulf Stream, sera encore plus et durablement perturbé et qu'on aura donc, en France, encore plus froid que d’habitude ?!??? Pas de réchauffement pour nous... juste des températures glaciales !!! Je suis très frileuse et c’est ce qui m’inquiète le plus ! Quant au sort de la planète et des humains, peu m'importe ! M’en fous puisqu'ils laissent faire ce psychopathe
Merci de cette synthèse, juste je pense et oh combien effrayante.
J’aimerais vous suggérer une petite modification lexicale. Je m’étonne, mais sans doute cela est-il très signifiant sur le poids mental dans la culture des pays signataires du Plan Marshall. Les dictionnaires français ont tous intégré le qualificatif « états-unien » ou « étasuniens » (vous l’utilisez dans la page 8), mais on continue d’ultiliser « américain », consolidant l’imaginaireMAGA, le Donroe et la dénomination imposée par Trump de Golfe d’Amérique…
Ce matin, Christine Ockrent parlait carrément des USA en les qualifiant de « Pays-continent »…
On ne peut même pas dire Américains du Nord, car le Mexique et le Canada sont géographiquement situés dans la zone nord du continent américain.
Les hispanophones, sans doute fort échaudés par l’interventionisme étasunien, utilisent couramment le qualificatif estadounidense.
Cela pourrait lentement infuser dans les mentalités de nos concitoyens.
Pardon de la longueur de ce message.