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Avatar de Sebastian

Ce post est doublement trompeur.

D’abord parce que vous montrez l’évolution en pourcentage du PIB par habitant depuis 1990, plutôt que la différence absolue. Cela permet d’occulter commodément le fait que les États-Unis partaient d’un niveau initial plus élevé ! Or, lorsqu’on applique (presque) le même taux de croissance à deux valeurs différentes, l’écart absolu entre elles augmente. En utilisant la même source, en 1990 le PIB par habitant était de 44 379 $ aux États-Unis contre 33 427 $ dans l’UE. Aujourd’hui, ces chiffres sont respectivement de 75 492 $ pour les États-Unis et de 54 191 $ pour l’UE. L’écart absolu est donc presque passé du simple au double, d’environ 11 000 $ à 21 000 $.

Ensuite, parce que l’échelle de votre graphique sur la productivité horaire est non linéaire (Fig. 23), ce qui minimise artificiellement les écarts dans la partie haute de l’échelle. Là encore, en utilisant les mêmes données de l’OIT (que je n’ai pu retrouver qu’à partir de 2005), la productivité horaire était en 2005 de 63,1 $/heure aux États-Unis contre 56,8 $/heure dans l’UE. En 2025, elle atteint 81,8 $/heure aux États-Unis et 71,1 $/heure dans l’UE. L’écart entre les États-Unis et l’UE a donc augmenté de 67 % en vingt ans, ce qui n’apparaît pas sur le graphique en raison de l’échelle choisie. Le constat est identique dans le « noyau dur » que vous évoquez. En 2005, la productivité horaire de la France était supérieure de 11 % à celle des États-Unis ; elle est aujourd’hui inférieure de 2 % (toujours selon les données de l’OIT).

Enfin, vos chiffres masquent l’immense hétérogénéité qui existe entre les pays européens. Des pays comme les Pays-Bas et le Danemark ont suivi le rythme des États-Unis (voire les ont dépassés) en termes de PIB par habitant et de productivité horaire depuis les années 1990, tandis que des pays comme la France et l’Italie ne l’ont pas fait. Les raisons de ces écarts relèvent bien sûr du débat.

Vous avez toutefois raison sur deux points : le temps libre constitue une immense richesse en soi, et nous devrions davantage investir dans notre avenir et dans la transition verte. Les États-Unis ont leurs propres problèmes, bien plus graves que les notres, et je ne suggère certainement pas de les imiter. Ne minimisons simplement pas le fait que, dans l’ensemble, nous sommes aujourd’hui en train de décrocher économiquement.

Avatar de Antoine Jarrige

Merci M. Zucman de remettre quelques pendules à l'heure.

On pourrait dire que l'Amérique trumpiste a adopté le slogan "Fake it until you make it" avec un mélange de considérations nauséabondes sur l'ethnicité, supposée ou réelle, des européens

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